DU 7 AU 30 MAI
Les arbres communiquent entre eux à 220 hertz (2024) est une installation vidéographique immersive qui conjugue image en mouvement, son génératif et dispositifs technologiques organiques. Présentée sur trois canaux en 4K, accompagnée d’un synthétiseur modulaire connecté à des électrodes fixées à un arbre, l’œuvre propose une expérience sensorielle qui met en tension nature, technologie et imaginaire romantique.
Inspirée par la forêt boréale, l’installation convoque la mémoire du paysage sublime tel qu’exploré par Caspar David Friedrich ou William Turner. Elle replace le spectateur dans un espace où l’émotion et l’infini priment sur la rationalité cartésienne, invitant à une confrontation intime entre le moi et l’immensité du monde extérieur.
En abordant le réchauffement climatique et la disparition des espèces, l’artiste adopte une posture empathique et contemplative. Par le biais du LiDAR, elle archive numériquement des sites menacés, construisant une mémoire en trois dimensions qui interroge la captation non humaine du paysage.
Entre spectralité et préservation, l’œuvre propose un espace cinématographique où le spectateur participe activement, oscillant entre observation et immersion. Présentée au Musée d’art contemporain de Montréal dès le 11 avril 2024, elle invite à réfléchir à la fragilité du vivant et aux nouvelles formes de mémoire technologique.
BIO
Nelly-Ève Rajotte est professeure à l’École de design de l’UQAM, où elle dirige l’axe Image en mouvement et design sonore. Artiste visuelle et médiatique, elle développe une pratique de la performance et de l’installation immersive qui interroge les conditions contemporaines de l’expérience perceptive. À travers l’image en mouvement et le son, ses œuvres explorent des régimes de vision non humains et des formes d’imagerie machinique du paysage, mobilisant des technologies telles que le LiDAR, les biosenseurs, l’intelligence artificielle et la robotique.
Sa recherche-création s’inscrit dans une réflexion sur les relations sensibles entre technologie, corps et environnement, proposant des dispositifs immersifs qui déplacent le regard anthropocentré au profit d’altérités perceptives et de points de vue non humains. Reconnues pour leur échelle monumentale et leur puissance immersive, ses œuvres engagent le spectateur dans des expériences où se rejouent les notions de présence, de médiation et de cohabitation avec les systèmes technologiques et vivants.
Son travail a été présenté dans de nombreuses institutions et contextes curatoriaux au Québec et à l’international, notamment au Musée d’art contemporain de Montréal (MACM), au Musée d’art de Joliette(MAJ), à Contemporary Calgary, à Emerson Contemporary (Boston), ainsi qu’à Occurrence, Clark, Optica et Circa. Il a également été diffusé dans des festivals et événements internationaux majeurs tels que MUTEK (Montréal, Argentine, Mexique et Japon), Transmediale (Berlin), le Festival international du film sur l’art, l’International Short Film Festival of Berlin, Lab30, ISEA et le KIKK Festival (Belgique).
Ses œuvres font partie de plusieurs collections publiques, dont celle d’Hydro-Québec.
DÉMARCHE ARTISTIQUE
Avec la vidéo et l’élément sonore pour principaux médiums, Nelly-Ève Rajotte œuvre au confluent de la performance, de l’image et de l’installation. Reconnue entre autres pour ses projections monumentales, Rajotte s’intéresse aux conditions sensibles de l’expérience spectatorielle. Elle investigue la relation à l’espace et sonde l’arborescence des sensations physiques et des états psychologiques inscrits dans la réception. Son travail conjoint de l’image et du son reflète en ce sens une certaine altérité de la représentation et de l’expérience.
Autour de la figure récurrente du paysage, Rajotte adopte une posture romantique où les tensions et jeux d’opposition de la composition permettent d’explorer les processus de construction de l’image. Elle emprunte aux stratégies cinématographiques des effets de montage et de mise en scène qui non seulement transforment, mais esthétisent la réalité. Épuré et fragile, le paysage s’affirme ainsi à travers les opérations de l’artiste comme un objet culturel. Le son accompli ensuite ce glissement « hors nature » de l’image en brodant autour d’elle un univers atypique quasi anxiogène. L’environnement sonore double le potentiel sensible de l’œuvre en niant ou exaltant le discours de l’image. Ces trames se répondent, se repoussent et déstabilisent la réception qu’elles remettent en somme au cœur de l’œuvre.
La démarche de Rajotte se distingue par son intérêt manifeste pour la perception dont elle précise et radicalise la portée. Cet exercice de contrôle n’est pas motivé par les artifices technologiques, mais bien par l’organisation d’un environnement ouvert sur l’interprétation. Son travail de composition s’apparente alors à celui du peintre qu’elle augmente d’une dimension temporelle fondamentale de l’expérience. Le temps matérialise l’activité de l’image et du son, il captive l’attention, l’inscrit dans un espace donné et consent enfin aux sens le plein pouvoir sur l’œuvre.